Protection des civils et droits humains

  • Lotte Vermeij et al., « UN Peacekeeping Opérations at a Crossroads : The Implementation of Protection Mandates in Contested and Congested Spaces», Norwegian Institute fo International Affairs, Juin 2022. Dans ce rapport, Lotte Vermeij cherche à comprendre le travail de protection de civils mené dans le cadre des missions de maintien de la paix et les efforts réalisés pour améliorer leur coordination et leur mise en œuvre. L’auteure s’appuie sur l’observation des 4 mandats clés en la matière (la protection des civils, les droits humains, la prévention et la réponse aux violences sexuelles liées aux conflits et la protection de l’enfance) dans les quatre plus grandes OP, c’est-à-dire la MINUSCA, la MINUSMA, la MONUSCO et la MINUSS. Sur la base de ces observations, elle recommande que les missions améliorent la coopération entre leurs composantes ainsi qu’avec les intervenants extérieurs. Elles doivent également mieux gérer les attentes concernant les OP au regard des contextes complexes et des ressources limitées qui les caractérisent. Par ailleurs, elles doivent améliorer la sensibilisation et la formation des Casques bleus sur les mandats de protection. Au siège des Nations unies, des supports de formations axés sur la protection doivent être élaborés et mis à jour. De même, des formations adaptées aux besoins des missions, mais également aux mandats de protection doivent être développées. Il revient également au siège de définir les orientations concernant l’interaction à avoir avec les acteurs de la sécurité privée qui sont davantage présents dans les zones des OP. Enfin, les mandats doivent être plus flexibles afin d’être adapté aux évolutions des circonstances et des efforts doivent être menés pour combler les écarts entre les ressources apportées et les mandats des missions. De leur côté, les États membres doivent former leurs soldats de la paix aux questions de protection et fournir un équipement adapté aux environnements opérationnels. C’est également à eux qu’il revient de soutenir financièrement les missions en apportant les ressources nécessaires.Lotte Vermeij estime qu’une seconde étude complémentaire serait nécessaire afin de mieux comprendre les besoins des civils placés sous la protection de la mission, appréhender leurs points de vue et ainsi centrer le mandat des OP sur les besoins humains.
  • Jenna Russo, “Protecting Peace? How the Protection of Civilians Contributes to Peace Processes”, IPI, mai 2022. Dans cet article Jenna Russo se demande dans quelle mesure la protection des civils contribue aux processus de paix dans le cadre des opérations de paix de l’ONU. La protection des civils s’est imposée ces dernières décennies comme une priorité des mandats des OP. Si la protection des civils participe bien des processus de paix, Russo estime que les activités de POC peuvent entrer en tension avec les objectifs du processus de paix. Pour illustrer cette friction, elle prend l’exemple de la MINUSS (Mission des Nations unies au Soudan du Sud). Cette mission, créée au départ pour aider à la construction de l’État, a rapidement donné la priorité à la protection des civils lorsque la guerre civile a débuté deux ans après le début de la mission. Ce choix s’est justifié par l’ampleur des violences contre les civils mais la mission a eu du mal à lier efficacement ses activités de protection à une stratégie politique claire et à son objectif premier de renforcement des capacités de l’État. Les actions de protection des civils de la MINUSS ont eu en général un impact positif et ont aidé à la réduction de la violence, surtout au niveau local, mais sont en général peu ou pas connectées aux efforts de dialogue et de négociations au niveau national. De plus les capacités de protection des casques bleus restent limitées en raison de la gravité du conflit mais aussi du fait que l’État est un des principaux perpétuateurs de la violence. Aussi, la concentration quasi exclusive de la mission sur la protection a envenimé ses relations avec le gouvernement, diminuant sa capacité à avoir une réelle influence politique. L’autrice souligne que les activités de POC des missions de l’ONU ne sont qu’un pansement ponctuel et inefficace dans les situations de violence généralisée si elles ne sont pas accompagnées d’un processus politique correspondant, comme le soulignent les lacunes du processus de paix au Sud-Soudan.
  • Giblin Jennifer, Gilder Alexander et Sprik Lenneke, “Le rôle des opérations de paix de l’ONU dans la réforme du secteur de la sécurité et le rapport avec la protection des civils”, Journal of International Peacekeeping, mars 2022. Dans cet article, Giblin Jennifer, Gilder Alexander et Sprik Lenneke analysent la relation qu’entretiennent la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et la protection des civils (PDC) au sein des opérations de paix (OP) de l’ONU. Leur démarche part du postulat que ces deux activités sont souvent abordées de façon distincte durant les missions de paix. Par conséquent, ils proposent de mettre en lumière leur relation à partir d’une étude comparative des trois missions qui regroupent un programme RSS et un programme PDC : la MONUSCO, la MINUSMA et la MINUSCA. Dans un premier temps, les auteurs ont soutenu qu’il existe une convergence conceptuelle entre la RSS et la PDC qui se recoupent et participent au même agenda en matière de droits humains. Cependant, les auteurs ont observé que les opérations conjointes et d’autres collaborations avec l’État hôte en vue de la RSS sont progressivement délaissées en raison de la dégradation des droits humains dans le pays. En effet, les graves violations et les abus commis à l’encontre de la population par l’État hôte poussent souvent les OP à favoriser les objectifs à court terme de la PDC au détriment des réformes de la RSS à plus long terme. Cette tendance a pu être observée dans les trois missions étudiées où l’ État hôte s’est rendu coupable de graves violations des droits humains. Finalement, les auteurs soutiennent que la reconnaissance des relations entre la RSS et la PDC par les missions permettraient de reformuler leur mode de coopération avec l’État hôte pour encourager la RSS à long terme et répondre aux besoins de la PDC à court terme.
  • Joachim A. Koops and Christian Patz, « UN, EU, and NATO Approaches to the Protection of Civilians : Policies, Implementation, and Comparative Advantages. » International Peace Institute, mars 2022. Dans cet article Joachim A. Koops et Christian Patz mènent une approche comparative des politiques mise en œuvre en matière de protection des civils par l’ONU, l’UE et l’OTAN. Alors que la protection des civils est un objectif stratégique pour le système des Nations unies, d’autres acteurs et en particulier des organisations régionales, font face à ce type d’engagement. C’est le cas de l’UE et de l’OTAN qui ont toutes deux développé leurs propres politiques d’approche sur cette question. À travers cette étude, les auteurs souhaitent donc apporter une base permettant une coopération inter-organisationnelle en la matière. En tant que première organisation ayant mené une telle politique, l’ONU considère la protection des civils comme une fin en soi et a pu s’appuyer sur son expérience de terrain pour mettre en œuvre une approche intégrée et globale sur trois niveaux, la protection par le dialogue et l’engagement, la fourniture d’une protection physique et l’établissement d’un environnement protecteur. L’UE qui s’est directement inspirée de ces pratiques a développé une approche globale similaire à l’ONU en impliquant l’ensemble des composantes politiques, militaires et humanitaires. Néanmoins, elle a mis en place des missions limitées dans l’optique d’apporter seulement un soutien aux opérations des Nations unies. Au contraire, l’OTAN, en tant qu’alliance militaire, a une approche différente puisqu’elle se concentre sur l’atténuation des dommages causés aux civils, considérant leur protection comme un moyen de parvenir à son objectif. Pour les auteurs, en s’inspirant des collaborations bilatérales existantes, ces trois organisations pourraient adopter une approche commune qui se renforce mutuellement du fait de leurs différences initiales. La protection des civils pourrait alors être adaptée aux nouvelles réalités opérationnelles et aux nouveaux défis et terrains d’opérations, pour ainsi protéger plus activement les civils notamment en contexte de guerre urbaine et dans le domaine cybernétique. Ces organisations devraient s’appuyer sur les cadres existants pour favoriser les échanges, en identifiant leurs divergences et similarités afin de trouver des synergies communes. La mise en place de cette coordination pourra également être menée par le biais de la formation et la mise en œuvre d’approches passives et actives notamment sur la prévention des violations des droits humains et des pertes civiles causées par les organisations. Finalement, ce document vise à pousser ces trois organisations à mettre en place des politiques similaires pour assurer une plus grande coopération en matière de protection des civils, tout en gardant leurs approches conceptuelles et opérationnelles distinctes.
  • Damian Lilly et Barbara Morais Figueiredo, « Enhancing the Protection of Civilians through Conventional Arms Control: Challenges and Opportunities for United Nations Peace Operations(le lien est externe)« , UNIDIR et IPI, janvier 2022. Les auteurs, Damian Lilly et Barbara Morais Figueiredo, partent du constat que le contrôle des armes et la protection des civils sont deux tâches récurrentes dans les mandats des missions de maintien de la paix des Nations unies, mais qu’il n’existe pas de liens ni d’outils de travail pour articuler ces deux actions entre elles. Souhaitant adresser le manque de recherche et d’actions en ce sens, ils proposent un panorama des points d’intersection de ces deux domaines, identifient les obstacles et défis d’un tel rapprochement, et apportent des pistes de réflexion, basées sur des exemples de terrain, sur la manière dont les activités liées au contrôle des armements peuvent être mieux exploitées par les opérations de paix des Nations unies afin d’assurer une protection plus efficace des civils. Ils préconisent en particulier d’inclure des personnels spécialisés dans le contrôle des armes dans l’établissement des stratégies politiques de la mission, afin de soutenir les processus de paix et les efforts pour limiter les pertes civiles causées par certaines catégories d’armes ; de veiller à ce que les personnels militaires et de police chargés de la protection des civils intègrent des mesures de contrôle des armes dans leurs actions, y compris dans leurs plans opérationnels ; ou bien encore de développer plus de manuels et guides pour la prise en compte des enjeux d’armement et désarmement dans le monitoring des violations des droits humains par les équipes dédiées des opérations de paix.
  • Shilpa A. Venigandla, « Protection, Justice, and Accountability: Cooperation between the International Criminal Court and UN Peacekeeping Operations», IPI, mai 2021. Dans cette note Shilpa A. Venigandla examine les obstacles et les pistes d’amélioration de la coopération entre les opérations de paix (OP) et la Cour Pénale Internationale (CPI). Parce que la majorité des pays où les OP sont déployées ont des capacités judiciaires limitées, certaines missions (dont la MINUSCA, MINUSMA et MONUSCO) ont été mandatées pour soutenir les États dans leur responsabilité de coopération avec les instances pénales internationales. Si les OP sont bien placées pour aider la CPI et soutenir les États hôtes, parties au Statut de Rome, à remplir leurs obligations fondamentales envers la Cour, la coopération entre OP et CPI se heurte à certains obstacles, souvent politiques. Pour l’auteure, continuer à inclure un langage clair dans les mandats sur le rôle des OP vis-à-vis des mécanismes de justice internationale pourrait aider à surmonter certains défis. Elle conseille, en particulier, d’explorer les liens entre justice, responsabilité et protection des civils (PDC) car elle estime que la PDC pourrait servir de principe directeur pour le soutien futur des OP à la justice pénale internationale. Afin d’assurer que l’approche des OP soit centrée sur les populations, le Secrétariat des Nations unies et les OP doivent mieux comprendre comment et quand la justice et la responsabilité contribuent à la PDC à court et à long terme. En réfléchissant et en s’appuyant sur les bonnes pratiques et les leçons tirées des défis précédents, les OP pourraient poursuivre plus efficacement la justice internationale et assurer la durabilité de leurs efforts de protection.
  • Laura Cuzzuol and Welmoet Wels, « UN Peacekeeping Operations and Gendered Threats to the Protection of Civilians(le lien est externe)« , IPI, février 2021.Dans cette note, Laura Cuzzuol et Welmoet Wels examinent comment les opérations de paix conceptualisent et définissent les menaces contre les civils en relation avec le genre sur le terrain. Les auteurs mettent en évidence que le langage utilisé dans les mandats et politiques à l’échelle de l’ONU est confus car il ne mentionne pas ou seulement superficiellement le lien entre le genre et la protection des civils (PDC). Les missions de paix doivent alors interpréter elles-mêmes les besoins de protection en fonction du genre, ce qui la plupart du temps conduit les missions à mettre l’accent sur les violences sexuelles à l’égard des femmes tandis que les violences contre les hommes, garçons, filles et personnes LGBTI restent souvent absentes des stratégies. Pour Cuzzuol et Wels, l’amalgame entre « genre » et « femme » et l’association de la protection liée au genre majoritairement avec la violence sexuelle contre les femmes rendent le développement d’une relation productive entre les concepts de genre et PDC difficile. Pour lutter contre ces idées reçues, les missions de paix devraient développer ce que Cuzzuol et Wels appellent des « systèmes de sauvegarde » sur l’intersection entre la protection des civils et le genre qui obligeraient les missions à évaluer, à chaque menace, les aspects relatifs au genre. Afin que l’égalité des genres puissent être atteinte au sein de l’ONU, les missions doivent analyser en quoi les effets des menaces contre les civils diffèrent en fonction du genre.
  • Damian Lilly, « Considering the Protection of Civilians during UN Peacekeeping Transitions« , IPI, janvier 2021. Damian Lilly, étudie les défis que doivent relever les opérations de paix qui tentent de garantir la protection des civils (POC) dans un contexte spécifique de transition, voire de départ de la mission. Il constate que contrairement aux récents retraits des OP, la prochaine vague de transition devrait se produire dans un contexte où les civils continuent à être confrontés à des menaces de violences physiques, ce qui apporte une difficulté supplémentaire. Selon l’auteur, afin d’assurer une transition durable et en douceur, deux éléments sont essentiels : 1) les missions doivent réviser leurs objectifs stratégiques relatifs à la protection des civils 2) l’ONU doit reconfigurer son approche opérationnelle globale à la protection des civils. Lorsqu’elles planifient leur retrait, les OP doivent veiller à transférer leurs responsabilités de protection des civils vers les autorités de l’État, tout en s’assurant que ces dernières s’approprient de manière effective les mécanismes de POC et puissent répondre de leurs actes devant la société civile.En plus de ces considérations stratégiques, Damian Lilly insiste sur le fait que l’ONU doit adopter une approche systémique reconfigurant les rôles et responsabilités de chaque entité pour répondre aux défis transitionnels. L’ONU doit également passer d’une approche militaire de la protection des civils à une approche dirigée par des civils.
  • Dr Di Razza, « The Accountability System for the Protection of Civilians in UN Peacekeeping« , IPI, janvier 2021. Dans un nouveau rapport pour l’International Peace Institute (IPI), Dr Namie Di Razza propose une cartographie des mécanismes de surveillance pour la protection des civils (POC) existant au sein des missions de maintien de la paix. L’objectif de cette recherche est de proposer un outil de travail et de guidage pour l’ONU afin d’optimiser les systèmes de POC. Di Razza propose plusieurs recommandations : établir un cadre de surveillance plus cohérent en améliorant notamment la coordination des différentes structures de surveillance ; solidifier les outils de surveillance via la sollicitation d’équipe d’enquête indépendante et le renforcement du rôle du Bureau pour les partenariats stratégiques de maintien de la paix (Office for Peacekeeping Strategic Partnership) ; faire respecter les conséquences en assurant le suivi des lacunes dans les performances et en prenant en compte cet enjeu dans la sélection des effectifs. L’auteure propose aussi une série d’études de cas(le lien est externe), dont une porte sur l’incident de Kamanyola en 2017, qui a démontré les failles de la protection des civils au sein de la MONUSCO en République démocratique du Congo.
  • Harley Henigson, « Community Engagement in UN Peacekeeping Operations: A People-Centered Approach to Protecting Civilians« , IPI, novembre 2020. Dans cette étude, Harley Henigson, assistant chercheur au IPI, évalue l’impact qu’a eu l’introduction d’une approche « centrée sur les civils » (people-centered) dans les pratiques de protection des civils (POC) des missions de maintien de la paix des Nations unies. Il analyse les activités au seins de quatre missions onusiennes en République centrafricaine, au Mali, en RDC et au Soudan du Sud. Henigson estime que cette nouvelle pratique a permis de faire de l’engagement communautaire une composante essentielle et centrale des efforts de protection des civils. Il s’agit d’un bilan positif, avec pour réussite centrale l’instauration d’une confiance avec les populations locales, un socle fondamental à la création d’un environnement sûr pour les civils. L’auteur émet une série de préconisations afin d’optimiser cette approche au sein des missions concernées, en particulier en matière de formation et de préparation des personnels militaires, d’optimisation du recours aux assistants de liaison avec les communautés et d’amélioration des outils de langage de l’engagement communautaire.
  • Patryk I. Labuda, « With or Against the State? Reconciling the Protection of Civilians and Host-State Support in UN Peacekeeping« , IPI, mai 2020. L’argument principal de l’auteur Patryk Labuda est le suivant : « concilier les mandats de POC axés sur les personnes avec une logique stato-centrée des OP figure parmi les plus grands défis auxquels sont confrontées les OP aujourd’hui ». Selon l’article, bien que la collaboration entre la Mission et l’État hôte soit indispensable pour mener à bien le mandat de POC (missions conjointes, formation des Forces de sécurité…), l’extension de l’autorité de l’État risque parfois d’exposer les civils à la corruption, à la mauvaise gestion, aux abus et même à la violence (rappelons ici que le consentement de l’État figure parmi les trois conditions sine qua non au déploiement d’une OP ou mission politique). Plus précisément, le propos porte sur le constat selon lequel la consolidation progressive de l’autorité de l’État hôte au cours de la mission, peut conduire celui-ci à développer des attitudes souverainistes et à moins coopérer sur des aspects de l’exécution du mandat qui sont perçus comme trop intrusifs. L’auteur précise également que « Lorsque les intentions des acteurs gouvernementaux ne sont pas claires, les malentendus et les désaccords peuvent miner la coopération, affaiblissant la capacité des Nations unies à remplir les mandats des POC à long terme ». Ces problèmes sont exacerbés lorsque les États hôtes font systématiquement obstruction aux OP (cela a notamment été le cas en RDC, sous l’ancienne présidence de Joseph Kabila, lors du refus de soutien aux élections) ou sont eux-mêmes complices ou responsables de la violence contre les civils. L’article propose sept recommandations opérationnelles, reprises dans le sommaire exécutif. Notamment, il propose de trouver un juste équilibre entre une « diplomatie prudente », une « action préventive » et une « intervention assertive ».
  • Namie Di Razza et Jack Sherman, « Integrating human rights into operational readiness of UN Peacekeepers« , IPI, mai 2020. Selon un nouvel article d’IPI, l’efficacité des OP onusiennes dépend de la « préparation opérationnelle » du personnel. La « préparation opérationnelle » se rapporte aux connaissances, à l’expertise, à la formation, à l’équipement et à l’état d’esprit nécessaires pour mener à bien les tâches mandatées. L’intégration des droits humains dans cette préparation apparaît comme une priorité du maintien de la paix. Selon IPI, il y a deux domaines dans lesquels les Nations unies pourraient renforcer les processus existants pour assurer la préparation du personnel en uniforme aux droits humains. En effet, les pays contributeurs de troupes et d’officiers de police pourraient prendre des mesures en matière de génération de force et de formation.
  • Namie Di Razza, « UN Peacekeeping and the Protection of Civilians in the COVID-19 Era« , IPI, mai 2020. Un second article d’IPI, rédigé par la chercheuse Namie Di Razza et relatif à l’impact du COVID-19 sur les OP, se concentre lui sur la protection des civils en temps de pandémie. Selon l’auteure, les menaces sécuritaires pesant sur les civils ont tendance à s’aggraver lors d’une pandémie. Les mesures mises en place pour limiter la propagation du virus ont « exacerbé les vulnérabilités existantes, créé de nouveaux besoins de protection et entravé les capacités des acteurs de la protection opérant dans les zones de conflit ». Autrement dit, davantage de contraintes reposent sur les soldats de la paix de l’ONU. De plus, les OP dont les stratégies de POC sont de plus en plus « centrées sur les personnes » et travaillent en étroite collaboration avec les communautés locales pour documenter les violations des droits humains, notamment. Or, une telle proximité est aujourd’hui remise en question. Par exemple, au Mali, la MINUSMA envisage des stratégies permettant un minimum de contacts avec les populations locales et la composante militaire donne la priorité aux patrouilles aériennes. Par ailleurs, outre la réduction de l’empreinte militaire, l’absence de personnel civil dans certains bureaux extérieurs a réduit les capacités de médiation, d’analyse des menaces et les mécanismes d’alerte précoce.
  • Charles T. Hunt,  « Protection through Policing: The Protective Role of UN Police in Peace Operations« , IPI, février 2020. Ce rapport aborde la question du rôle de la Police des Nations unies (UNPOL) au sein des opérations de maintien de la paix, et particulièrement son rôle dans la protection des civils (POC). Il affirme que UNPOL joue plusieurs rôles, notamment ceux de partenaire, exécutante, facilitatrice et de dissuasion. Ce rapport aborde également la question du manque de coordination et de cohérence entre les différentes composantes des missions qui affaiblit la performance de UNPOL. De plus, selon IPI, « la coordination avec l’armée, l’alignement des efforts concernant l’État de droit et la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et l’intégration avec les autres sections civiles des missions sont trois défis auxquels UNPOL est confrontée ».
  • « Mounting Evidence: Empirical Studies Show UN Peacekeeping Mission Presence May Reduce Violence Against Civilians« , Center for Civilians in Conflicts, décembre 2019. Le CIVIC a publié un second article au mois de décembre portant sur le maintien de la paix. Selon cet article, des preuves de plus en plus nombreuses issues de publications académiques prouveraient que les missions de maintien de la paix réduiraient les violences, notamment celles commises à l’encontre des civils. En effet, les données recueillies par 9 études montrent qu’à mesure que le nombre de personnels en uniforme augmente, la violence contre les civils diminue. Dans l’article « Maintien de la paix et protection civile des Nations unies en temps de guerre civile », les auteurs constatent qu’« en moyenne, le déploiement de plusieurs milliers de soldats et de plusieurs centaines de policiers réduit considérablement les massacres de civils ». Cependant, malgré ces chiffres, le débat autour du maintien de la paix porte d’avantage autour du retrait ou de la réduction de la taille des OMP, quand « d’autres pensent même que l’ère du maintien de la paix est achevée ». Alors que les États membres des Nations unies se préparent à négocier les budgets de maintien de la paix au printemps 2020, l’article propose que l’on prenne le temps d’examiner quels aspects du maintien de la paix fonctionnent et comment mieux soutenir ces opérations.
  • Ralph Mamiya, « Taking Stock of Protecting Civilians in Peacekeeping« , IPI, octobre 2019. Cet article rappelle que les OMP sont entrées dans une « nouvelle ère » et souhaite connaître les apprentissages tirés de 20 ans de POC. Selon lui, les OMP importantes et coûteuses telles que la MONUSCO sont vouées à devenir l’exception, et les missions « plus petites, plus légères et plus spécialisées », la règle. Aussi, l’article souligne qu’en 20 ans, la POC est passée d’un statut de préoccupation purement humanitaire à l’objet d’attention principal du Conseil de sécurité, et est également passé d’un sujet très controversé à un sujet qui bénéficie aujourd’hui d’un large soutien. Plus particulièrement, le bilan tiré par l’auteur se décline en trois parties. Premièrement, l’absence de consensus sur ce que signifie la POC a entraîné un écart croissant entre le langage utilisé par le Conseil de sécurité et l’engagement des pays contributeurs de troupes à recourir à la force pour protéger les civils. Deuxièmement, l’article souligne que le faible nombre d’OMP qui disposent d’un mandat robuste, couplé à la réduction considérable du soutien logistique de certaines missions, invite à repenser les méthodes de travail concernant les aspects civils des mandats. Finalement, les efforts de POC sont affaiblis lorsque les États recourent à des guerres par procuration, que ce soit par le biais de groupes armés non étatiques, de sociétés privées, de soutien à d’autres États, ou même d’acteurs du cyber.
  • Aditi Gorur, « The Need for Monitoring and Evaluation in Advancing Protection of Civilians« , IPI, octobre 2019. Malgré les progrès réalisés par les Nations unies en matière de protection des civils (POC) au cours des vingt dernières années et les pratiques de protection novatrices que les soldats de la paix de l’ONU ont mises en œuvre sur le terrain, l’efficacité de ces mesures pour réduire les violences commises à l’encontre les civils n’est pas connue. En effet, les missions de maintien de la paix ne disposent pas de systèmes de suivi et évaluation de leurs efforts. Selon cet article de l’International Peace Institute, il est impératif que les OMP commencent à combler ce manque afin de faire progresser la POC. Le suivi et l’évaluation sont essentiels pour que les missions puissent définir au mieux les limites et les opportunités qu’offre la POC, mais aussi pour qu’elles puissent corriger leurs lacunes et maximiser l’impact des mesures efficaces.
  • Lisa Sharland, « Clarifying Expectations on Protection of Civilians« , IPI, octobre 2019. Que signifie la POC (Protection des civils) et qu’englobe-t-elle ? Voici la question soulevée par cette publication de l’International Peace Institute. Trop souvent, les différentes parties prenantes aux OMP ont une définition floue des tenants et aboutissants de la POC. À cet égard, l’article rappelle que le SGNU avait affirmé que la protection des civils nécessitait l’engagement des États membres pour la recherche d’un consensus sur le libellé et les implications des tâches des Casques bleus, notamment sur la clarification des attentes concernant les soldats de la paix et la reconnaissance des situations susceptibles de dépasser leur capacité de réponse. L’article révèle également trois limites à la POC : la protection des civils lorsque les violences sont perpétrées par l’État hôte, le manque de guides et de matériel de formation sur la POC et la pression exercée sur les OMP à qui l’on demande de « faire plus avec moins ». Toujours selon l’article, « une partie du défi de ces vingt dernières années [date de la prise en compte de la POC à l’ONU] a été d’identifier les domaines de divergences sur la POC et la manière de les surmonter ».
  • Patryk Labuda, « How Much Force is Necessary to Protect Civilians?« , IPI, septembre 2019. La définition de la relation entre la POC et les mandats robustes des OMP est un débat en évolution constante à l’ONU. Selon l’article de IPI, deux problèmes se posent quant à l’utilisation de la force : le SGNU, le CSNU et les États membres doivent trouver le juste équilibre entre force létale et non létale, ainsi que savoir quand utiliser la force contre des acteurs gouvernementaux, pour assurer la pleine mise en œuvre de la POC. L’enjeu ici étant de ne pas compromettre le caractère impartial des OMP, et de ne pas faire des Casques bleus des belligérants au conflit. Cependant, la complexification des mandats des missions onusiennes accompagnée du renforcement de la robustesse de certaines d’entre eux tend à effacer toute distinction significative entre maintien de la paix et imposition de la paix, passant alors d’une logique défensive à une logique offensive. Aujourd’hui, la plupart des grandes opérations de maintien de la paix des Nations unies peuvent utiliser tous les moyens nécessaires, y compris une force létale, pour protéger les civils, notamment la MONUSCO, la MINUSMA et la MINUSCA.
  • Charles T. Hunt, To Serve and Protect: The Role of UN Police in Protecting CiviliansIPI, septembre 2019. Toujours dans la continuité de la célébration des 20 ans de la POC, IPI a publié un article portant sur la police onusienne (UNPOL) et son rôle dans la protection des civils. Selon l’auteur de l’article, depuis la mise en œuvre de la POC, le nombre de policiers déployés dans le cadre d’opérations de paix des Nations unies a considérablement augmenté et leurs missions se sont complexifiées. Toutefois, malgré le rôle primordial du maintien de l’ordre, UNPOL est souvent mise de côté lors des débats sur la POC appliquée aux mandat des OMP. À cet égard, l’article appelle à effectuer des efforts nécessaires pour réformer la structure de la Police onusienne, afin d’adapter les ressources allouées car dans le domaine de la coopération policière. En effet, bien qu’UNPOL « offre un soutien indispensable aux forces de maintien de la paix sur le terrain », l’adaptation de sa structure aux nouvelles menaces reste un défi sur le terrain.
  • Lisa Sharland, « Evolution of the protection of civilians in UN peacekeeping« , Australian strategy policy institute, juillet 2019. 2019 marque le vingtième anniversaire du mandat de protection des civils comme objectif stratégique d’une OMP des Nations unies. Pourtant, les efforts déployés pour mener à bien ce mandat sur le terrain au cours des deux dernières décennies ont été mitigés. Les points de vue des pays membres du Conseil de sécurité ou contributeurs de troupes restent divergents quant aux limites et aux attentes des soldats de la paix et les conséquences pour les civils sur le terrain peuvent être désastreuses. Ce nouveau rapport du programme international de l’ASPI présente une synthèse des difficultés rencontrées par les OMP dans leurs efforts de protection des civils au cours des deux dernières décennies, tout en proposant quelques pistes d’amélioration pour renforcer la performance des Casques bleus.
  • Namie Di Razza, « Making Peace Operations About People: A Needed Shift for the Protection of Civilians« , International Peace Institute, juin 2018. Cette note porte sur la nécessité pour les opérations de paix de placer les personnes au centre de leurs analyses, activités et processus de prise de décision relatifs à la protection des civils. Ainsi, les opérations de paix devraient garantir que dans la mise en œuvre des mandats de protection des civils, les intérêts des personnes soient priorisés avant ceux de la bureaucratie onusienne. Dans cet objectif, une approche centrée sur les personnes doit commencer dans l’analyse. Pour éviter que la hiérarchisation des actions de protection des civils soit basée sur une catégorisation artificielle des menaces, une approche et une analyse basées sur l’impact réel des menaces envers la population doivent être privilégiées. Les personnes devraient être la source principale pour l’analyse de la gravité des menaces et des besoins en matière de protection des civils, les soldats de la paix devant éviter d’appliquer leur propre grille de lecture aux évènements.
  • Ralph Mamiya, « Protection of Civilians and Political Strategies« , IPI, mai 2018. Ce rapport met l’accent sur deux thèmes fondamentaux du maintien de la paix, à savoir la primauté de la politique et la responsabilité de protéger les civils. L’auteur passe en revue trois causes de tensions entre la recherche de solutions politiques et la protection des civils dans les opérations de maintien de la paix. Il met en exergue le décalage qui existe entre le besoin parfois urgent de protéger les civils et le moment opportun pour entamer le dialogue politique. De plus, il relève que les stratégies politiques ont tendance à être dirigées vers les élites politiques et militaires, alors que les processus politiques devraient davantage intégrer les communautés locales. L’auteur met également en garde contre le risque d’une militarisation des mandats de protection des civils qui serait détachée de toute stratégie politique.
  • Kofi Nsia-Pepra, “Moral obligation: UN missions should not abandon vulnerable civilians in critical times”(le lien est externe)Global Peace Operations, août 2017. Cet article met l’accent sur l’obligation morale pour les OMP de ne pas abandonner les populations civiles vulnérables dans les pays en crise. Les États membres des Nations unies ont la « responsabilité de protéger » et de « sauver les prochaines générations du fléau de la guerre ». Le fait d’abandonner des civils à leur sort serait un véritable échec moral qui perpétuerait le cycle de l’impunité et ainsi, les Nations unies tolèreraient implicitement les atrocités et les homicides des criminels. La plupart des études sur les OMP montrent que ces dernières ont des résultats très mitigés en termes de protection des civils. Considérés positivement en Sierra Leone, les résultats seraient catastrophiques en RDC, Darfour et Soudan du Sud. M. Kofi Nsia-Pepra propose plusieurs changements pour que des missions plus dissuasives et robustes soient mises en place et protègent ainsi réellement les civils. Tout d’abord, les structures de commandement des OMP doivent devenir plus souples pour que les officiers de terrain puissent prendre des initiatives tactiques et ainsi faire face aux menaces quotidiennes et multiformes qui pèsent sur les civils. En outre, une doctrine opérationnelle cohérente et unifiée sur l’utilisation de la force doit être réalisée afin que les Casques déployés soient les plus efficaces possible dans leur pays d’intervention. De surcroit, une doctrine de formation rationnelle et homogène devra être transmise par les Nations unies aux pays fournisseurs de troupes. Les forces onusiennes bénéficieront ainsi des capacités requises (matériels, tactiques et psychologiques) pour protéger les civils. Enfin, un volet diplomatique doit être également envisagé pour que des approches diplomatico-militaires soient combinées et permettent de réduire la violence.