MINUSMA

  • Clair MacDougall, Maggie Dwyer, “Serious Troop Rotation Blockages Could Ease Soon for the UN Mission in Mali”, PassBlue, 4 juillet 2022. Dans cet article publié par PassBlue, Clair MacDougall et Maggie Dwyer reviennent sur les retards des rotations des troupes de casques bleus au Mali. Ces derniers sont le fruit d’une décision des autorités maliennes de refuser les autorisations de vols aux pays de la CEDEAO, en représailles des sanctions imposées par celle-ci à Bamako. En conséquence, le Sénégal, le Liberia, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana n’ont pas pu assurer la rotation de leurs troupes déployées à la MINUSMA depuis février 2022. L’article souligne tout d’abord la récente levée des sanctions imposées au Mali par la CEDEAO dans un geste de conciliation, les pays membres espérant ainsi une reprise des rotations. L’article rappelle le rapport du Secrétaire Général des Nations unies, António Guterres, paru en juin 2022, où l’ONU s’inquiète pour la sécurité de son personnel ainsi que celle des travailleurs humanitaires au Mali. Le rapport appelle aussi le pays à autoriser les vols nécessaires pour les rotations de troupes. L’ONU dénonce également l’augmentation des restrictions des déplacements de la MINUSMA sur le territoire malien ainsi que celles concernant les vols d’évacuations médicales. MacDougall et Dwyer concluent en évoquant les conséquences que les retards de rotation des troupes ont sur les soldats. Selon les interviews menées auprès des soldat.e.s déployé.e.s dans le cadre de la MINUSMA, Ces retards sont le premier facteur de stress pour eux. Cela concorde avec les déclarations des pays d’Afrique de l’Ouest concernant la baisse de moral des troupes bloquées au Mali qui ont pour conséquence des problèmes disciplinaires. Le deuxième enjeu soulevé par les soldats est l’impact que le retard des rotations a sur leurs familles. Même si les salaires pendant les missions de paix sont significativement plus élevés, les casques bleus soutiennent que le stress imposé à leurs familles n’en vaut pas la peine.
  • Seán Smith, « Preventing the UN Peacekeeping Mission in Mali from Falling into Irrelevance », Just security, juin 2022. Seán Smith propose une analyse sur l’avenir incertain de la MINUSMA à quelques jours du renouvellement de son mandat. Les négociations de ce nouveau mandat de la Mission par le Conseil de sécurité apparaissent dans un contexte tumultueux, marqué par le départ des troupes françaises et européennes du Mali. Selon l’auteur, les discussions au sein du Conseil de sécurité devraient traduire une séparation entre les États membres qui encourageront la mise en place d’un mandat soucieux de la protection des civils et d’autres États qui mettront l’accent sur le respect de la souveraineté des pays. Cette séparation est accentuée par la guerre en Ukraine qui divise les pays occidentaux et la Russie. Pendant ce temps, le nombre d’attaques meurtrières contre les civils ne cesse d’augmenter, entrainant le déplacement d’au moins 350 000 personnes, en décembre 2021. Pour l’auteur, la situation doit pousser à maintenir la présence de la MINUSMA au centre du Mali pour renforcer la sécurité des civils particulièrement touchés dans cette zone. De plus, Seán Smith affirme que le nouveau mandat doit conserver une composante militaire, car la réponse armée est actuellement le seul moyen pour la Mission de protéger les civils des activités des groupes extrémistes. En outre, l’auteur propose également plusieurs modifications qui devraient permettre le renforcement du mandat de la MINUSMA : 1) réaffirmer l’importance de la capacité de la MINUSMA à enquêter sur toutes les allégations de violations des droits de l’homme 2) éviter de soutenir les unités maliennes qui seraient impliquées dans des exécutions sommaires, la torture de suspects et les atteintes aux civils. 3) Renforcer le poids de la MINUSMA auprès des autorités maliennes afin qu’elle ne soit pas marginalisée 4) fournir un soutien logistique et financier dans l’organisation des réformes électorales pour soutenir le processus de transition.
  • Naureen Chowdhury Fink and Arthur Boutellis, « Between a Rock and a Hard Place: Counterterrorism and Peacekeeping in the Sahel« , IPI Global Observatory, juillet 2021. Naureen Chowdhury Fink et Arthur Boutellis évoquent le rôle des opérations de paix de l’ONU dans la lutte contre la violence terroriste au Mali suite à l’annonce récente du président français sur la fin de l’opération Barkhane. Les débats concernant l’inclusion ou non d’actions contre le terrorisme au sein des OP mettent en exergue l’absence de doctrine ou d’orientation cohérente sur la façon d’agir face à ces menaces. L’introduction formelle d’un mandat antiterroriste dans les OP demeure une crainte. Les auteurs justifient cette réticence en évoquant plusieurs lacunes. Premièrement, le bilan des risques posés par les groupes terroristes est lourd. La MINUSMA est la mission de l’ONU qui a enregistré le plus grand nombre de décès au cours des huit dernières années. Représentant déjà une cible, l’ajout explicite d’un mandat contre le terrorisme ‘politiserait’ et exposerait encore plus la mission. Deuxièmement, les auteurs soulèvent le problème de cloisonnements bureaucratiques au sein de l’ONU, limitant la coordination entre les OP, les agences et les autres organes qui peuvent être actifs dans le domaine de la lutte contre le terrorisme : plus de quarante entités différentes au sein de l’ONU sont dédiées à ces sujets. Ce constat met aussi en exergue la nécessité de la part des entités de l’ONU de continuer à affiner leur compréhension des risques politiques et sécuritaires : au regard des mandats de la MINUSMA pour la protection des civils et pour une meilleure gouvernance, celle-ci ne doit plus ignorer les exactions vécues par la population aux mains d’acteurs étatiques, par ailleurs un des facteurs les plus constants de la radicalisation des individus. Une interrogation majeure demeure : quel est le type de coopération en matière de contre-terrorisme possible entre la MINUSMA, les forces restantes de Barkhane, la force conjointe du G5 Sahel, l’armée malienne et les acteurs de l’ONU ? Selon les auteurs, ce moment constitue une occasion importante pour travailler collectivement à établir des approches plus intégrées de la prévention et de la lutte contre le terrorisme
  • Arthur Boutellis, « Renouvellement du mandat de la MINUSMA pour 2021 dans une période d’incertitude(le lien est externe) », EPON, Institut norvégien des relations internationales, mai 2021. À quelques semaines de l’examen du renouvellement du mandat de la MINUSMA par le Conseil de sécurité, prévu en juin 2021, Arthur Boutellis s’interroge sur les difficultés et les défis auxquelles la mission fait face. La réunion du Conseil intervient à un moment de grandes incertitudes sur l’avenir du processus de paix et de la transition politique, suite au nouveau coup militaire (voir ci-dessus), mais aussi sur l’avenir des opérations militaires régionales françaises Barkhane et de la force conjointe G5 Sahel.Sur la base de nombreux entretiens de terrain avec des acteurs de la mission, Arthur Boutellis fait ressortir un consensus général autour de l’importance de maintenir les deux priorités stratégiques du mandat de la MINUSMA : 1) le soutien à la mise en œuvre de l’Accord d’Alger par les parties maliennes 2) la protection des civils et le rétablissement de l’autorité de l’État dans le centre du Mali, via la facilitation de la mise en œuvre d’une stratégie malienne globale dirigée par des acteurs politiques. Il fait état de craintes de voir le Conseil de sécurité identifier l’accompagnement à la transition malienne comme une troisième priorité stratégique de la mission, au risque de limiter les ressources et le champ d’action des deux premières.
  • Judd Devermont et Marielle Harris, “Why Mali needs a new peace deal”, Center for Strategic and International Studies, avril 2021. Judd Devermont et Marielle Harris affirment que l’Accord d’Alger de 2015 pour la paix et la réconciliation au Mali est en train d’échouer, alors que sa mise en œuvre figure parmi les priorités stratégiques du mandat de la MINUSMA. Selon l’article, l’Accord souffre de plusieurs manques, notamment celui d’inclure des parties prenantes. Il cite notamment le cas des islamistes, de la société civile, des femmes et des jeunes. L’accord souffrirait également d’une portée géographique limitée. À l’époque de sa rédaction, la question séparatiste au nord du pays était la priorité en matière de sécurité. Aujourd’hui, le centre du pays est touché de plein fouet par les attaques commises par les groupes armés. Troisièmement, l’article affirme que l’Accord souffre d’un déficit d’adhésion politique. Le manque d’engagement aussi bien de la part du gouvernement, qui n’a pas su mettre en place un mécanisme de suivi de l’accord efficace, et de la part des anciens groupes rebelles – l’on rappelle que la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), partie signataire à l’accord a suspendu sa participation aux réunions de suivi durant plusieurs mois – a particulièrement fragilisé sa mise en œuvre. Les auteurs fournissent également des recommandations, notamment une concernant le rôle de la MINUSMA. Selon eux, l’ONU devrait revoir le mandat de la Mission pour incorporer le cadre remanié résultant de négociations élargies. En 2019, le CSNU a chargé la MINUSMA de soutenir le rétablissement de l’autorité de l’État dans le centre du Mali. « Il s’agirait là d’un bon premier pas, mais il faudrait faire davantage pour coordonner et protéger les efforts de paix entre les communautés et pour superviser la sécurité associée aux stratégies politiques et militaires contre les groupes djihadistes ».
  • Center for Civilians in Conflict, What Does MINUSMA’s Revised Mandate Mean for the Protection of Civilians in Mali? Part 2: A More Detailed Approach to Mitigating Civilian Harm(le lien est externe), août 2019. Dans la continuité de la Partie 1 de son étude parue en juillet dernier, le Center for Civilians in Conflict a publié une seconde partie au mois d’août 2019. Si la première partie décrivait le nouveau mandat de la MINUSMA, davantage centré sur la protection des civils (POC), la seconde partie affirme que la Mission onusienne détient le mandat le plus avancé en la matière. Ainsi, en plus d’ajouter une distinction entre les missions de stabilisation et les missions de POC, le Conseil de sécurité précise que la POC s’atteint en « suivant, en prévenant, en minimisant et en réparant les dommages causés aux civils par les opérations de la mission ». L’auteur voit dans cette importante précision une opportunité pour la MINUSMA de rendre son mandat plus efficace, d’autant qu’il est important de rappeler que la Mission malienne représente aujourd’hui l’OMP la plus meurtrière pour les Casques bleus.
  • EPON, Assessing the « Effectiveness of the United Nations Mission in Mali / MINUSMA »(le lien est externe), avril 2019. Dans cette quatrième édition, le rapport sur l’efficacité de la MINUSMA évalue dans quelle mesure la mission réalise ses objectifs stratégiques et quel est son impact sur la situation politique et sécuritaire au Mali. À l’aune du renouvellement du mandat de la MINUSMA, prévu pour le 30 juin 2019, ce rapport revient sur les options qui permettraient à la mission d’accroitre son efficacité. Le recentrage stratégique de la MINUSMA afin de protéger les civils dans la région du centre, le déploiement d’un contingent au centre-Mali avec la possibilité de fonctionner en tant que force d’interposition dans les conflits communautaires y sont notamment abordés.
    Résumé disponible en français(le lien est externe)
  • Arthur Boutellis, Marie-Joëlle Zahar, « A Process in Search of Peace: Lessons from the Inter-Malian Agreement »(le lien est externe)IPI, juin 2017. Arthur Boutellis et Marie-Joëlle Zahar, ont dressé un bilan des accords de paix d’Alger, deux ans après sa mise en œuvre définitive le 20 juin 2015. L’article montre que malgré un solide soutien de la communauté internationale envers l’État malien, les limites des accords restent flagrantes et les objectifs fixés, rien qu’au niveau sécuritaire, sont loin d’être atteints. Selon les chercheurs, la dégradation de la situation s’explique par plusieurs problèmes persistants. Tout d’abord, le gouvernement malien ne s’investit pas suffisamment dans la mise en œuvre des accords, et lorsqu’il le fait, il a tendance à « imposer » l’accord provoquant des tensions avec les groupes armés rebelles. En outre, la difficile délimitation des groupuscules et leurs transformations continues (fragmentation/recomposition) a compliqué la tâche des équipes de médiation. En effet, très vite, les factions armées auraient fait primer leurs intérêts individuels ou communautaires par rapport au respect du processus de paix, ce qui par ricochet, a alimenté l’insécurité.De surcroit, l’apparition de nouvelles menaces mal identifiées dans les accords d’Alger, comme le terrorisme et les commerces illicites, ont bloqué le processus de sortie de crise. Les fractures entre le nord et le sud du pays restent très marquées car le gouvernement malien n’a pas suffisamment informé l’ensemble de la société malienne sur ce que pourrait lui apporter directement une réconciliation et les dividendes de la paix. Enfin, pour les deux chercheurs, il est plus que nécessaire que la communauté internationale possède une vision stratégique unique et continue de s’engager de manière constante sur le dossier malien.
  • Signe Marie Cold-Ravnkilde, Peter Albrecht, Rikke Haugegaard, « Friction and Inequality among Peacekeepers in Mali(le lien est externe)« , The RUSI Journal Online, juin 2017. Signe Marie Cold-Ravnkilde, Peter Albrecht et Rikke Haugegaard avancent qu’il existe des inégalités et des frictions entre les forces des différents pays contributeurs de troupes engagés dans la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) qui affectent l’efficacité de la mission. Les soldats africains seraient davantage exposés au danger et plus fréquemment tués que leurs homologues européens. Ceci s’explique pour plusieurs raisons. Premièrement, culturellement parlant, les États européens restent plus réticents à envoyer des troupes au sol, et plus particulièrement dans un contexte aussi hostile que celui du Mali. En résulte un nombre de soldats africains dix fois supérieur à celui d’Européens dans la mission. Ensuite, les soldats européens sont généralement déployés dans des zones moins dangereuses que les Africains, avec des rôles stratégiques ou de coordination. Ceci s’explique par une doctrine militaire différente, et par le fonctionnement des mécanismes de génération de force de l’Organisation des Nations unies, couplé à l’intérêt de certains pays africains à envoyer des troupes dans le pays en général (par exemple, le Tchad qui souhaite s’affirmer comme puissance régionale) ou dans certaines zones particulières (par exemple, le Niger qui souhaite contrôler sa frontière). De plus, les soldats européens sont généralement mieux équipés et soutenus par leurs gouvernements que leurs homologues africains. Selon les auteurs, les différences de traitement et les priorités différentes des pays contributeurs de troupes entre eux et avec la MINUSMA, provoquent des frictions qui mettent à mal la coordination et, in fine, l’efficacité des missions. Afin de contrer ce phénomène, et en l’absence de lignes directrices plus claires du Conseil de sécurité de l’ONU quant aux implications pratiques de la mise en œuvre du mandat de stabilisation de la MINUSMA, S. M. Cold-Ravnkilde, P. Albrecht et R. Haugegaard préconisent un renforcement des interactions inter-pays contributeurs dans les tâches quotidiennes des soldats de la MINUSMA.
  • Annelies Hickendorff, Jaïr van der Lijn, “Renewal of MINUSMA: a missed opportunity for new generation of DDR”(le lien est externe)SIPRI, juin 2017. Annelies Hickendorff et Jaïr van der Lijn ont déclaré que le Conseil de sécurité des Nations unies avait manqué une opportunité de relancer le processus de DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration) au Mali en ne mettant pas assez l’accent sur ce point particulier lors du renouvellement du mandat de la MINUSMA en juin 2017. En effet, malgré le déploiement de plusieurs forces antiterroristes au Mali, le processus de DDR a pris un certain retard et l’insécurité continue à s’étendre dans le pays chaque année. Tout d’abord, le processus de DDR actuel est seulement destiné aux membres signataires des accords de paix d’Alger (2015) alors qu’il ne prend aucunement en compte la réintégration sociale ou militaire des groupes non signataires, considérés comme « extrémistes ». Or, cette vision simpliste et binaire des forces, visant à opposer les groupes signataires du traité (considérés comme « groupes rebelles ») aux groupes composés de « terroristes islamistes », n’est pas adaptée au paysage politique malien puisque la motivation première des « groupes extrémistes » n’est pas seulement la religion. En effet, la MINUSMA ne prendrait pas assez en compte les causes profondes de la violence en refusant d’étudier en profondeur les racines des conflits locaux, c’est-à-dire le ressentiment d’exclusion politico-économique par le gouvernement ou la compétition régionale entre les groupes pour contrôler les routes de la drogue. En outre, selon les deux chercheurs, le DDR ne répond pas aux besoins et aux motivations individuelles des combattants. Les groupes restent profondément fragmentés et les affiliations des soldats pourraient être facilement remises en question si on leur offre une protection et un solide emploi. En somme, selon Annelies Hickendorff et Jaïr van der Lijn, le processus de DDR doit être pleinement intégré aux opérations de contreterrorisme et il doit viser l’ensemble des combattants au Mali. Il est indispensable que le programme de DDR de la MINUSMA mette un terme à cette dichotomie opposant les groupes « rebelles » aux groupes « extrémistes ». L’approche de ce processus doit être plus compréhensive et se pencher sur les réelles causes de la violence et les motivations personnelles des combattants. Ainsi, la prochaine génération malienne sera capable de jouer un rôle dans la prévention et le rejet de l’extrémisme violent.
  • Peter Albrecht et al., « Inequality in MINUSMA: African Soldiers are in the Firing Line in Mali(le lien est externe)« , Policy Brief Dansk Institut for Internationale Studier, décembre 2016. Peter Albrecht et al. ont publié un rapport sur les conditions de déploiement de la MINUSMA. Leur recherche souligne que les soldats européens et africains déployés au Mali dans le cadre de la MINUSMA, bénéficient de conditions de travail très différentes – notamment au regard de leur entrainement, de leur équipement, et du soutien général qu’ils sont en mesure d’attendre de la part de leurs gouvernement respectifs. Ces différences se superposent avec des disparités en termes de déploiements. Alors que les forces européennes sont concentrées dans les centres opérationnels de la mission, les forces africaines prennent en charge la majorité des opérations dans les territoires dangereux, aux frontières de l’opération de paix – disparités qui se retrouvent dans la composition des pertes humaines au sein de la MINUSMA. Ces différences en termes de conditions de travail soulèvent un ensemble de problèmes techniques et politiques, et diminuent la capacité de la MINUSMA à mettre en œuvre son mandat.