26 novembre 2022
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Séminaire de l’Observatoire à Kinshasa sur les nouveaux défis des opérations de paix

L’Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix, en partenariat avec le Collège des hautes études de stratégie et de défense (CHESD) de la RDC, a organisé le 19 mai 2022 à Kinshasa une journée de séminaire en présentiel sur le thème « les opérations de paix onusiennes face aux défis de la régionalisation, des forces parallèles et de l’externalisation ».

Le séminaire entendait revenir sur les défis que rencontrent les OP des Nations unies – dans leurs modalités actuelles de mise en œuvre -, en vue d’esquisser les contours de partenariats, de pratiques alternatives et ajustements de doctrine pour mieux adapter les OP onusiennes aux défis contemporains. Pour ce faire, l’Observatoire Boutros-Ghali (qui est piloté par le GRIP) et le CHESD ont réuni dans les locaux du Collège à Kinshasa des invités de haut-niveau : acteurs onusiens du maintien de la paix en Afrique francophone, représentants d’organismes régionaux tels que l’Union Africaine, chercheurs spécialisés, professionnels du secteur militaire ou bien du secteur privé sont intervenus tout au long de cette journée exceptionnelle.

Ce séminaire, sur invitation et en français, était ouvert à tous les auditeurs du CHESD.

Découvrez le synopsis complet, le programme détaillé et la liste des intervenants

RÉSUMÉ DU SÉMINAIRE

La séquence introductive de la journée a permis au Directeur des Études du CHESD et au coordinateur scientifique de l’Observatoire Boutros-Ghali de mettre en perspective les objectifs du séminaire.

Elle a été ponctuée par l’allocution Vice Premier Ministre Jean-Pierre Lihau Ebua, en charge de la fonction publique, de la modernisation de l’administration et de l’innovation du service public, qui a rappelé l’importance du maintien et de la construction de la paix pour la stabilisation de la République Démocratique du Congo, à l’heure de l’initiation d’une phase de transition et de sortie de la mission onusienne de la MONUSCO.

Le premier panel avait pour objectif de proposer une vue d’ensemble des options désormais à la disposition des États afin de répondre à des crises sécuritaires sur le continent africain. Tour à tour, Mahamat Saleh Annadif, Représentant spécial chargé du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) et ancien chef de la MINUSMA, Baudouin Hamuli Kabarhuza, Représentant de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) en République du Congo-Brazzaville, Michelle Ndiaye, Représentante de l’Union Africaine auprès de la République démocratique du Congo (RDC), ont évoqué le rôle de leurs organisations (ONU, UA, CEEAC) dans la prévention et la stabilisation des crises. L’ONU, cadre classique des opérations de paix déployées en Afrique, poursuit ses efforts de réforme (A4P et A4P+) mais fait face à des limites préoccupantes, notamment la difficulté d’obtenir et de conserver l’aval des États-hôtes. L’Union africaine a développé des outils pertinents en matière de médiation et de prévention des crises mais peine à mettre en place des capacités militaires complémentaires (via la Force Africaine en Attente). La CEEAC s’est également engagée en ce sens avec sa Force multinationale de l’Afrique centrale (FOMAC).  Pour sa part, le général Augustin Mubiayi Mamba, Commandant du Collège des Hautes Etudes de Stratégie et de Défense (CHESD), a évoqué le rôle de la nouvelle force de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) déployée depuis peu au Mozambique.

Les intervenants ont souligné le principe de subsidiarité entre l’ONU, l’UA et les organisations sous-régionales et la nécessité d’un dialogue et d’une complémentarité entre leurs actions, à l’heure où leurs forces sont en contact toujours plus étroit. Ils ont également soulevé la question épineuse des financements pour concrétiser les projets de forces régionales, sous-régionales, et autres coalitions ad-hoc.

Dans le second panel, Bruno Mpondo Epo, Directeur affaires politiques auprès de la MINUSMA est revenu sur les défis politiques et sécuritaires que rencontre sa mission au Mali, rappelant l’importance d’un dialogue bienveillant avec le pays-hôte, au service de l’avancement du mandat de la mission. Dr. Paul Simon Handy, Directeur régional de ISS-Africa, s’est penché sur les difficultés que rencontrent les missions de paix de l’ONU sur le terrain face à des États en « crise de solution ». Il s’inquiète de l’arrivée de nouveaux acteurs comme Wagner, « symptôme d’une situation intenable des États » sans être pour autant une « solution magique ». Rebondissant sur cet enjeu, le Général Bernard Commins, du groupe privé Themiis (qui propose notamment des formations destinées aux casques bleus), a proposé des pistes de réflexions sur les conditions sine qua non à un impact positif de l’implication du secteur privé dans les opérations de paix.

L’après-midi, le troisième panel s’est concentré sur l’enjeu des transitions, avec un œil particulier sur la reconfiguration en cours de la MONUSCO en RDC et son départ projeté. Samuel Gahigi, directeur politique de l’Envoyé spécial de l’ONU pour l’Afrique centrale a appelé à repenser les doctrines afin de clarifier et renforcer la subsidiarité entre les différents corps régionaux et internationaux. François Grignon, Représentant spécial adjoint du Secrétaire Général des Nations unies pour la protection et les opérations auprès de la MONUSCO, a proposé un état des lieux du processus de transition en cours à la mission. Il a insisté sur l’importance du nouveau programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation en RDC (P-DDRCS) lancé par les autorités congolaises ainsi que de l’avancement de la réforme du secteur de la justice qui doit pouvoir garantir à tous l’état de droit. Dany Singoma, expert du comité de suivi de la transition et du PDDRCS, a approfondi les enjeux et difficultés de la mise en place de ce programme et sur l’importance du dialogue avec la société civile dans son ensemble. Hassan Koné, Chercheur principal à ISS-Africa, s’est penché sur la situation au Mali, où la MINUSMA évolue dans un environnement politique particulièrement volatile. Evoquant les difficultés que rencontre le pays en matière de légitimité démocratique, il a appelé à plus d’efforts de médiation par les acteurs régionaux, notamment via le conseil conjoint UA-CEDEAO.

Lors du dernier panel, Jean-Marc Châtaigner, Ambassadeur de l’Union européenne (UE) auprès de la République démocratique du Congo (RDC), a proposé un panorama de l’action sécuritaire de l’UE, saluant au passage l’amélioration des relations et de la coopération avec l’UA ces dernières années. Il a souligné l’importance de soutenir les capacités africaines à intervenir et répondre en premier aux crises qui secouent le continent. L’intégralité de son intervention peut être consultée sur cette page dédiée. Michelle Ndiaye (UA) s’est interrogée sur le futur des relations UA/UE à l’heure de la Facilité Européenne pour la Paix (FEP), qui met à mal la centralité de l’UA. Par ailleurs la FEP inclut une capacité européenne inédite de livraison d’armes létales aux pays africains, un élément difficilement compatible avec la doctrine de non-prolifération de l’UA. Revenant sur le tour d’horizon des outils nouveaux à la disposition des États et des acteurs régionaux, elle estime que ce qui manque aujourd’hui, c’est « la capacité d’anticipation » des crises. Pour conclure ces échanges, Mahamat Saleh Annadif (UNOWAS), a rappelé que le maintien de la paix sur le continent africain revient de loin et qu’il doit encore et toujours s’adapter aux évolutions politiques et aux contextes singuliers.

Le Vice Premier Ministre Jean-Pierre Lihau Ebua, est revenu à la tribune pour conclure officiellement ces échanges et remercier les intervenants présents, qui étaient venus de toute l’Afrique pour contribuer à ces discussions riches en enseignements.

L’équipe de l’Observatoire a également participé, au lendemain de cet événement, à un atelier de réflexion stratégique organisé par l’Organisation Internationale de la Francophonie (plus d’informations sur la page dédiée), et à effectuer une visite des locaux de la MONUSCO (plus d’informations sur la page dédiée).

Crédits image : Observatoire Boutros-Ghali 

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