9 décembre 2022
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Table ronde du 4 octobre 2017 – 3ème panel

Table ronde du 4 octobre 2017 « Quel prérequis pour contribuer à la génération de force des opérations de paix de demain ? » 

Panel 3 – Les opérations de paix comme levier d’un modèle économique du développement capacitaire durable 

Modérateur :  

  • Dr. Axel Augé, chercheur associé au GRIP, maître de conférences à l’université de Rennes 2 et détaché aux écoles de Saint-Cyr Coëtquidan 

4 intervenants : 

  • Général Jean Baillaud, Directeur du programme Opérations de maintien de la paix, Themiis 
  • M. Pierre Léveillé, chef d’unité à la Section des mémorandums d’accord et demandes de remboursement/Division de la gestion financière et d’appui du Département d’appui aux missions des Nations unies (DAM) 
  • Dr. Oswald Padonou, Chercheur associé au GRIP, Chargé de Programme « Politiques de sécurité » au Konrad-Adenauer Stiftung 
  • Conclusions - S.E. François Delattre, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies 

Thèmes abordés : 

Les discussions relatives à la dimension économique du maintien de la paix ont permis de mettre en exergue les pistes et conditions nécessaires afin de consolider un modèle économique du développement capacitaire à partir de la politique de remboursement. Les questions abordées lors de ce panel sont les suivantes : quelles pistes s’offrent aux États contributeurs de personnel en vue d’un renforcement capacitaire au profit des opérations de paix ? Faut-il privilégier les filières privées ou les partenariats étatiques ? Le modèle économique du développement capacitaire que permet la politique de remboursement du maintien de la paix est-il viable ? Quelles en sont les conditions ? 

 

 

Général Jean Baillaud – THEMIIS 

Résumé de l’intervention du Général Jean Baillaud, Directeur du programme Opérations de maintien de la paix, Themiis 

Remboursements onusiens et développement capacitaire des pays contributeurs 

Le Général Jean Baillaud a débuté son intervention en rappelant d’emblée que l’ONU est la seule organisation qui prévoit le remboursement des pays qui s’engagent dans une mission militaire. Aussi, les Nations unies doivent adopter une approche qui vise à encourager le retour d’investissement pour les pays contributeurs, notamment au regard du développement capacitaire de leurs armées. Ce même développement capacitaire pourra aller ainsi de pair avec l’amélioration de la qualité des contributions aux opérations de maintien de la paix. 

Les OMP ne sont cependant qu’un levier indirect de renforcement capacitaire. Pour bénéficier du système de remboursement, il faut en effet un investissement préalable dans la durée. Pour le Général Baillaud, l’efficacité de ce levier que peut offrir le système de remboursement varie d’un pays à l’autre, selon que l’on est un contributeur historique, doté d’une base capacitaire diversifiée et solide, ou un contributeur moins expérimenté et aux capacités opérationnels limitées. Des pays comme l’Éthiopie ou le Bangladesh, qui disposent de plusieurs types d’unités et de nombreux officiers d’états-majors qualifiés, sont bien mieux lotis qu’un grand nombre d’autres pays contributeurs structurellement moins bien équipés, et qui ne sont pas en mesure de capitaliser de manière adéquate leur participation à une OMP. 

Suite à ces considérations, le Général Baillaud a tenu à préciser ce qu’il entend par « développement capacitaire ». Il ne s’agit pas seulement d’une question d’équipements, mais aussi d’acquisition d’expérience dans des milieux internationaux, dans des états-majors multinationaux, dans le commandement d’opération, dans des milieux hostiles et différents et en matière de formation. 

Suite à cette mise au point, le Général Baillaud a mis l’accent sur une série de paradoxes. L’un d’entre eux consiste dans le fait qu’aujourd’hui les critères qualitatifs requis pour contribuer à une OMP augmentent, alors qu’en même temps l’ONU annonce vouloir faire des économies. 

Jean Baillaud aborde ensuite la question des standards demandés par l’ONU afin de participer à une OMP, qui sont en constante évolution et dont le niveau accroit. Pour répondre à ces standards, certains pays contributeurs sont contraints à augmenter leurs capacités militaires dans leur ensemble. Soutenir un accroissement capacitaire significatif au niveau national est donc une condition afin d’améliorer les contributions aux OMP. En conséquence, même si les remboursements de l’ONU n’ont pas vocation à soutenir le développement capacitaire des pays contributeurs per se, il faut accepter qu’ils puissent y contribuer. Le Général Baillaud insiste beaucoup sur ce point, en demandant que les pays donateurs comprennent les exigences des pays contributeurs et qu’ils reconnaissent qu’un accroissement des capacités de ces derniers grâce aux remboursements est non seulement nécessaire, mais aussi conforme à leurs intérêts. 

De leur côté, les pays contributeurs doivent adopter une vision et une approche commune et unitaire vis-à-vis d’une OMP. C’est-à-dire que les différents services administratifs, notamment les ministères des Finances et ceux de la Défense, doivent poursuivre une même stratégie et être bien coordonnés lorsqu’un pays décide de s’engager dans une OMP. Selon Baillaud, il faudrait, à ces fins, créer des comités de pilotage interministériels afin de garantir la cohérence des politiques des pays contributeurs face aux OMP. Contribuer au maintien de la paix d’aujourd’hui et demain, pour un pays contributeur, c’est un changement d’approche qui veut dire, dans les faits, évoluer vers un modèle d’armée moderne, qui change ses méthodes et sa façon de faire. Cela implique aussi de bien de maîtriser la dimension financière du problème, que les questions plus proprement militaires. 

Ce volet financier est fondamental et appelle des réponses de plusieurs ordres. Tout d’abord, la recherche, vis-à-vis de partenaires privés ou institutionnels, de solutions adaptées. Par ailleurs, il convient de militer pour l’amélioration progressive du système de remboursement. Si les règles sont claires en ce qui concerne le remboursement du personnel, elles le sont beaucoup moins en ce qui concerne le matériel. Baillaud cite à ce propos un exemple. Il mentionne des cas où des unités ont utilisé intensément leur matériel en l’endommageant sérieusement, sans pour autant recevoir un remboursement adéquat. Cela s’explique par l’incapacité, des autorités de l’unité en question, de faire face aux complexités administratives et procédurales onusiennes. D’un autre côté, Baillaud mentionne des exemples où des unités ne sont quasiment jamais sorties de leur camp afin de ne pas exposer leur matériel, et ont néanmoins réussi à obtenir un remboursement à 100 %. Un tel système, remarque Baillaud, ne pousse pas les contingents à prendre des risques pour faire leur devoir. 

En guise de conclusion, Baillaud insiste sur la nécessité de créer un modèle économique permettant, à travers les remboursements, de soutenir le développement capacitaire des pays contributeurs. Il souligne aussi le fait que le système onusien devrait permettre à de nouveaux pays de faire leur entrée dans le club des contributeurs, aujourd’hui limité essentiellement à quelques contributeurs historiques. 

  • Pour accéder à la présentation du Général Jean Baillaud, cliquez ici 

 

Résumé de l’intervention de M. Pierre Léveillé, Chef d’unité à la Section des mémorandum d’accord et demandes de remboursement du Département d’appui aux missions des Nations unies (DAM) 

Matériel appartenant aux contingents : Mémorandums d’accord et remboursements 

Pour Pierre Léveillé, tirer parti du système de remboursement afin de bâtir un modèle de développement capacitaire durable suppose une approche très large articulant les trois sphères institutionnelles concernées par les OMP : les ministères des Affaires étrangères, des Finances et de la Défense.  

  • Pour accéder à la présentation PowerPoint de M. Pierre Léveillé, cliquez ici 

 

Dr Oswald Padounou, Konrad-Adenauer Stiftung/GRIP 

Résumé de l’intervention du DR Oswald Padonou, Chargé de Programme « Politiques de sécurité » au Konrad-Adenauer Stiftung, Chercheur associé au GRIP 

Le cas de la Côte d’Ivoire 

Oswald Padonou a présenté l’expérience de la Côte d’Ivoire, qui doit être considéré comme un primo-contributeur. Le pays a déjà connu une brève expérience en matière d’OMP avec la MINURCA en 1998/1999, interrompue (à la suite du conflit politico-militaire qu’a connu le pays) puis reprise en 2013 avec sa participation à la MISMA devenue plus tard MINUSMA. 

Aujourd’hui, la volonté politique exprimée par la Côte d’Ivoire d’accroitre et d’améliorer sa participation aux OMP est en lien avec le défi (interne) de la réforme du secteur de la sécurité. Le cas de la Côte d’Ivoire met en exergue le caractère attractif des OMP, comme espace de diffusion de bonnes pratiques pour les pays en sortie de conflit et dont les Forces ne sont pas toujours en état de réaliser une mutation du « soldat en guerre » au « soldat de la paix ». 

Le pays reste néanmoins confronté à des défis institutionnels liés notamment à la préparation des hommes et du matériel. Ces défis sont illustrés par l’expérience des différents bataillons déployés par la Côte d’Ivoire dans le cadre de la MISMA puis la MINUSMA, et plus récemment par le cas du 1er Bataillon pilote projetable déployé dans la cadre de la MINUSMA (dans un contexte de mutineries à répétions qui ont secoué le pays au cours de ces deux dernières années). 

L’expérience naissante de la Côte d’Ivoire dans le domaine du maintien de la paix illustre par ailleurs le choix d’un modèle économique de développement capacitaire axé sur des partenariats subsidiaires, avec des entreprises privées, en l’occurrence, THEMIIS et CORPGUARD, pour la formation des militaires, mais aussi avec d’autres États, entreprises et organisations partenaires dans la fourniture de matériel militaire. 

  • Pour accéder à la présentation PowerPoint du Dr Oswald Padonou, cliquez ici 

 

S.E. François Delattre, Ambassadeur, RP de la France auprès des Nations unies 

Conclusions de S.E. François Delattre, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies 

Dans son mot de conclusion S.E. François Delattre, Ambassadeur et Représentant permanent de la France auprès des Nations unies, a mis en exergue la singularité et le potentiel de la francophonie comme levier de la construction d’une gouvernance mondiale solide, fondée sur le multilatéralisme, dans une organisation des Nations unies renouvelée. 

François Delattre a rappelé à ce propos, l’accent mis sur le multilatéralisme par Emmanuel Macron, lors de son intervention devant l’Assemblée générale des Nations unies. Le renforcement de la francophonie, y compris de la capacité des pays francophones à contribuer aux OMP, apparait dès lors comme un élément essentiel de la nouvelle politique internationale française que le président Macron entend mettre en œuvre. 

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